Médecin libéral : partir à 64, 67 ou 70 ans ? Ce que vaut chaque année de plus
Entre 64 et 67 ans, la pension CARMF d'un spécialiste peut progresser de 20 %. Et à partir du 1er janvier 2027, continuer à exercer après avoir liquidé sa retraite avant 67 ans coûtera plus cher. Ce qu'il faut savoir avant de fixer sa date de départ.
L'essentiel en 30 secondes
Pour un médecin libéral de plus de 55 ans, l'âge de départ est souvent le levier retraite le plus puissant, avant tout placement. Trois ans d'activité en plus peuvent augmenter la pension CARMF d'environ 20 %, à vie. Et la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 change les règles du cumul emploi-retraite pour toutes les pensions qui prennent effet à partir du 1er janvier 2027 : liquider sa retraite avant 67 ans tout en continuant à exercer deviendra nettement moins intéressant.
Trois âges à connaître
Votre retraite se joue autour de trois âges :
- L'âge légal, entre 62 ans et 9 mois et 64 ans selon votre année de naissance. Avant, aucun départ n'est possible
- 67 ans, l'âge du taux plein automatique : à partir de là, il n'y a plus de décote sur la retraite de base, quel que soit votre nombre de trimestres
- 70 ans, l'âge auquel les majorations pour départ tardif de la retraite complémentaire et de l'ASV atteignent leur maximum
Entre l'âge légal et 67 ans, tout dépend de vos trimestres. Les études de médecine font démarrer la carrière tard : un médecin qui valide ses premiers trimestres à 25 ans n'a pas le nombre requis (172 trimestres pour les générations récentes) avant 68 ans. Partir à 64 ans, c'est accepter une décote sur la retraite de base.
Le cas d'un cardiologue de 56 ans
Prenons un cardiologue de 56 ans, en secteur 2, marié avec deux enfants, qui dégage un bénéfice de 220 000 €. Son revenu net disponible, après cotisations, CSG et impôt, avoisine 158 600 € par an, soit environ 13 200 € par mois. Nous avons fait tourner notre simulateur sur plusieurs âges de départ.
Sa pension CARMF nette estimée, après prélèvements sociaux et impôt :
- à 64 ans : environ 3 630 € par mois, soit 27 % de son revenu actuel, avec une décote de 15 % sur la retraite de base
- à 65 ans : environ 3 900 € par mois
- à 66 ans : environ 4 130 € par mois
- à 67 ans : environ 4 370 € par mois, soit 33 % de son revenu actuel, sans décote
- à 68 ans : environ 4 580 € par mois
- à 70 ans : environ 5 050 € par mois, soit 38 % de son revenu actuel
Entre 64 et 67 ans, sa pension progresse d'environ 740 € nets par mois. Entre 64 et 70 ans, d'environ 1 420 € par mois. Ces écarts s'ajoutent aux revenus d'activité des années travaillées en plus.
D'où vient l'écart
Trois mécanismes se cumulent :
- La décote disparaît : à 64 ans, il manque 12 trimestres au regard du taux plein automatique, soit une décote de 15 % sur la retraite de base. À 67 ans, elle tombe à zéro. Au-delà, une surcote s'applique aux trimestres supplémentaires
- Les majorations jouent sur la retraite complémentaire et l'ASV, qui forment l'essentiel de la pension d'un spécialiste : +5 % par année de report entre 62 et 65 ans, puis +3 % par an jusqu'à 70 ans
- Chaque année travaillée ajoute des points, sur les trois régimes
L'effort d'épargne change d'échelle
Le vrai sujet est ce qu'il faudra épargner pour compléter la pension. Pour que notre cardiologue conserve 60 % de son revenu net actuel à la retraite, l'effort d'épargne mensuel estimé, d'ici son départ, est d'environ :
- 10 200 € par mois s'il part à 64 ans
- 5 300 € par mois s'il part à 67 ans
- 2 900 € par mois s'il part à 70 ans
Repousser son départ de trois ans divise presque par deux l'effort nécessaire : il épargne plus longtemps, sa pension est plus élevée, et le capital doit financer moins d'années. À 56 ans, la question n'est donc pas seulement « combien placer ? », mais d'abord « quand partir, et à quel rythme ralentir ? ».
Cumul emploi-retraite : ce qui change au 1er janvier 2027
Beaucoup de médecins envisagent de liquider leur retraite tout en gardant une activité réduite : remplacements, vacations, consultations à temps partiel. L'article 102 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 revoit ce dispositif pour toutes les pensions qui prennent effet à partir du 1er janvier 2027. En pratique, cela concerne tous les médecins qui n'ont pas encore liquidé leur retraite.
Les nouvelles règles dépendent uniquement de votre âge :
- Avant l'âge légal : la pension est réduite à hauteur de vos revenus d'activité, dès le premier euro
- Entre l'âge légal et 67 ans : la pension est versée en totalité jusqu'à un seuil de revenus fixé par décret, annoncé autour de 7 000 € par an. Au-delà, elle est réduite de la moitié du dépassement
- À partir de 67 ans : le cumul est intégral, sans plafond
Un exemple, si le seuil est confirmé à 7 000 € : un médecin qui liquide à 64 ans et perçoit 30 000 € de revenus de remplacements verrait sa pension réduite d'environ 11 500 € par an, jusqu'à ses 67 ans. Le calcul « je liquide et je continue à mi-temps » doit donc être refait.
Côté droits, les cotisations versées en cumul ouvrent déjà de nouveaux droits sur la retraite de base, pour une seconde et dernière pension. Pour la retraite complémentaire, la CARMF a voté l'attribution de nouveaux points aux médecins en cumul à partir de 2027, sous réserve de validation par l'État. Les médecins déjà en cumul avant 2027 conservent les règles actuelles.
Ce qui se prépare cinq à dix ans avant
Le choix de la date de départ ne se fait pas seul. Il se coordonne avec :
- Votre relevé de carrière : trimestres d'internat, de remplacement ou de salariat, souvent incomplets. C'est le premier document à vérifier, plusieurs années avant le départ
- Vos sorties de PER : fractionner les rachats sur les années qui suivent l'arrêt d'activité, quand votre tranche d'imposition baisse, plutôt que tout sortir la première année
- La cession de votre activité : patientèle, parts de SCM ou de SEL, locaux. Certaines exonérations de plus-values sont liées au départ en retraite et imposent un calendrier précis
- Votre rythme de fin de carrière : réduire progressivement son activité avant 67 ans, sans liquider, peut être plus intéressant que liquider tôt et cumuler
Faites le calcul avec votre âge de départ
Le simulateur médecin libéral Greyvale vous laisse choisir votre âge de départ, de 62 à 70 ans. Faites-le tourner deux fois, par exemple à 64 et à 67 ans : vous verrez immédiatement l'écart de pension, votre décote éventuelle et l'épargne nécessaire dans chaque cas.
Les résultats sont indicatifs : ils reposent sur des hypothèses standard (revenu constant, carrière libérale continue, premiers trimestres validés à 25 ans, paramètres 2026, rendement réel de l'épargne de 3 % par an). Votre relevé de carrière permet ensuite de les affiner. Sur la mécanique du PER, voir notre analyse PER : le levier retraite que les dirigeants sous-utilisent, et pour le revenu net d'aujourd'hui, Médecin libéral : sur 100 € gagnés, combien vous reste-t-il vraiment ?.
Questions fréquentes
À quel âge un médecin libéral peut-il partir sans décote ? À 67 ans, quel que soit son nombre de trimestres. Avant, il faut avoir validé le nombre de trimestres requis pour sa génération, ce qui est rare pour un médecin ayant commencé à cotiser après ses études.
Peut-on continuer à exercer après avoir liquidé sa retraite CARMF ? Oui. Mais pour les pensions qui prennent effet à partir du 1er janvier 2027, la pension est réduite si les revenus d'activité dépassent un seuil entre l'âge légal et 67 ans. À partir de 67 ans, le cumul est intégral.
Les nouvelles règles du cumul s'appliquent-elles aux médecins déjà retraités ? Non. Les médecins dont la pension a pris effet avant le 1er janvier 2027 restent soumis aux règles actuelles.
Combien rapporte une année de travail en plus pour la retraite ? Pour un spécialiste à hauts revenus, environ 6 à 7 % de pension en plus par année de report entre 64 et 67 ans, selon nos simulations. Le chiffre exact dépend de vos trimestres et de vos revenus.
Article à vocation informative, à jour des règles connues à sa date de publication. Il ne constitue pas un conseil personnalisé. Tout investissement comporte un risque de perte en capital ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
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